Inauguration de l’Allée Charles Aude,

le 21 juillet 1991

discours de M. Charles Vidal,

maire du Revest-les-Eaux

 

 

 

Charles Aude est né le 17 janvier 1961 au Revest dont il ne s’est éloigné que pour ses études mais y revenant dès que quelques jours de vacances le permettaient puis pour son travail, mais cette étape fut de courte durée car il quitta Paris et le Ministère des Finances  où l’attendait un brillant avenir pour venir travailler dans le Haut Var auprès de Maurice Janetti (1) dont il appréciait les conseils et à qui il vouait une profonde amitié et un grand dévouement. L’une et l’autre étaient largement partagés.

 

Enfin, peu après, Charles put occuper un poste (2) auprès du Conseil Général du Var à Toulon.

 

Le voici donc revenu chez lui, ce Revest qu’il aimait parce que ses ancêtres en avaient travaillé la terre au cours des âges après avoir construit ces restanques sans lesquelles rien n’eût été possible en ces lieux au relief tourmenté sans surface plane suffisante.

 

Il aimait son village pour ses souvenirs mais aussi pour ses collines où en été, tout comme aujourd’hui, les cigales chantent dans les pins et dans les oliviers, pour les petits ruisseaux qui descendent du Mont Caume, pour ses ruelles qui grimpent vers la Tour Sarrazine qui veille tel un guerrier géant surgi du passé, pour son église et son vieux Curé qui avaient marié ses parents, l’avait baptisé puis marié à son tour et aussi tout simplement parce que c’était son village, l’endroit où il était né.

 

Dès l’âge de 16 ans il écrit une histoire du REVEST très documentée et pleine d’anecdotes. Plus tard il va créer la Société des Amis du Vieux REVEST et Val d’Ardène qui publie une revue dont la sortie des numéros est toujours impatiemment attendue.

 

En 1988, après s’être entouré de quelques autres courageux dont Madame ROCHÉ, Messieurs MEIFFRET, BLANC et LACROIX entre autres, il trie les archives de la Mairie qui n’avaient plus été classées depuis 200 ans afin d’y recueillir les éléments qui allaient permettre en 1989 la parution, sous sa direction, du Livre du Bicentenaire « Images du REVEST pendant la Révolution » qui raconte la vie de ces ardents Républicains que furent nos ancêtres capables d’avoir vécu l’abolition de la Royauté et la naissance de la République sans avoir fait couler une goutte de sang tant il est vrai qu’on pouvait être des Patriotes tout en n’étant pas méchant.

 

Et son village l’aimait pour sa jeunesse studieuse et souriante, pour sa gentillesse et sa droiture, pour sa famille si présente dans le passé de la Commune, pour l’épouse si jolie et si douce qu’il avait choisie et aussitôt adoptée par LE REVEST. LE REVEST … lorsqu’il était à Paris il passait de longs moments dans la Librairie du Quartier Latin où Madame CHABANEIX présidait des réunions d’Artistes, érudits et lettrés, en parlant du Pays des Comoni et de cette campagne tout près d’ici, à flanc d’une colline où avec son mari, le Poète Philippe CHABANEIX, elle accueillait autrefois leurs amis qui avaient noms Léon VERANE, SEGAL, DIONISI, Albert DECARIS, BABOULENE, Marius ECHEVIN et combien d’autres amoureux bien connus de ce morceau de PROVENCE.

 

Alors, pensant à tout cela, je n’ai jamais pu m’empêcher d’associer l’amour qu’AUBANEL, Frédéric MISTRAL et ROUMANILLE éprouvaient pour cette PROVENCE du siècle dernier et celui que portait à son village Charles AUDE, félibre des temps modernes, dont le rêve était la réalisation d’un Musée du Vieux REVEST. En 1989, il est brillamment élu Conseiller Municipal prenant la suite de sa mère et d’une longue lignée d’ascendants. Sa puissance de travail et ses connaissances particulièrement étendues étaient alliées à l’esprit le plus ouvert et au bon sens le plus large. D’emblée il prit à cœur les tâches qui lui étaient confiées et l’on était certain, alors, qu’il n’abandonnerait pas en chemin.

 

Mais, doucement, sans inquiéter outre mesure au début, puis insidieuse et trop rapidement envahissante la maladie n’a pas permis qu’il menât à leur terme les réalisations dont il rêvait avec, en premier lieu, le nom d’Albert DECARIS à donner au petit square de la Poste. Ses parents, son épouse, ont partagé pendant de longs mois sa souffrance et son courage avec la dignité des grandes familles provençales que nous ne pouvions qu’admirer.

 

Le 17 janvier 1991, jour de ses 30 ans, débutait la guerre du Golfe et dans la nuit Charles est allé rejoindre ses ancêtres et aussi l’abbé EUDE, son bon vieux Curé parti un peu avant probablement pour lui préparer la place qu’il méritait et l’accueillir une dernière fois. Ainsi n’a-t-il donc pas pu réaliser les grandes choses auxquelles tout le destinait.

 

Alors pour que le REVEST soit un peu Charles AUDE et pour que Charles AUDE soit aussi le REVEST, cet endroit, désormais, portera son nom. Pourquoi avoir choisi cet endroit ? Pourquoi avoir choisi un jour de fête pour dévoiler cette pierre ? Ses parents, son épouse et Michel BONNEFOY qui s’efforce de poursuivre les projets de l’ami disparu m’ont fait l’amitié de souhaiter que je l’explique à ceux que surprendraient le choix du lieu et du moment.

 

Je me suis efforcé de le faire dans les quelques lignes qui précèdent l’article écrit voilà plusieurs années par Charles AUDE et reproduit dans la Revue Communale de ce mois de juillet.Il n’était d’autre lieu pour s’appeler Charles AUDE que cette allée qu’il aimait tellement et dont les vieux oliviers mènent au cimetière.

 

Il parlait avec tant d’enthousiasme des Saint CHRISTOPHE de son enfance qu’il n’était d’autre jour que cette journée de fête pour découvrir la pierre choisie par sa famille dans nos collines avec, gravés au-dessous de son nom, ses vers préférés de Philippe CHABANEIX le Poète qui repose, lui-aussi, dans la terre de notre village.

Ainsi au travers du temps il accompagnera le passant qui viendra se recueillir sur quelque tombe et rendra le chemin plus facile à celui qui passera pour la dernière fois.

 

(1) Maurice Janetti était alors Sénateur socialiste du Var.

(2) Chargé de mission auprès du Parti Socialiste.